Cette première étape m'a appris ce qu'il fallait construire ensuite. Elle a prouvé qu'une prise en charge de haut niveau était possible ici, mais elle m'a aussi montré tout ce qu'il restait à bâtir : un plateau technique de nouvelle génération, une véritable structure de formation, une capacité de recherche, et une ambition qui dépasse les murs d'un seul établissement. L'Institut Haïtien de Fertilité est né de ce constat. C'est une institution nouvelle, conçue dès l'origine pour aller plus loin, et organisée autour de quatre engagements : soigner, former, innover, transmettre.
Soigner d'abord. La médecine de la reproduction est un continuum, jamais une succession de techniques isolées. Nous n'orientons jamais un couple vers un traitement plus lourd que ce que son dossier justifie : la rigueur consiste autant à savoir proposer qu'à savoir s'abstenir.
Innover ensuite, au sens le plus exigeant du terme. L'innovation ne se mesure pas à l'achat d'un équipement, mais à la constance des procédures, à la qualité du laboratoire et à l'honnêteté des résultats que l'on publie. Une technique n'a de valeur que si elle est maîtrisée, documentée et reproductible. C'est cette culture de la qualité, plus que tout appareil, qui distingue un service d'une institution.
Former, enfin — et c'est peut-être ce qui donne à toute la démarche son sens véritable. Une institution qui garde son savoir pour elle-même ne construit rien de durable. Dès 2010, j'ai réuni un groupe de jeunes gynécologues-obstétriciens haïtiens et nous les avons fait former en Haïti ; ils sont aujourd'hui parmi les spécialistes du pays. J'enseigne par ailleurs depuis plus de trente ans, à l'École nationale d'infirmières, à la faculté de médecine de l'Université Notre-Dame d'Haïti dont je dirige le département de gynécologie, et au Global Health Institute de l'Université Duke. Nous souhaitons que ces compétences ne restent pas concentrées dans la capitale, mais qu'elles atteignent progressivement les autres départements du pays.
Un pays ne se construit pas uniquement par ses infrastructures : il se construit aussi par ses institutions scientifiques. J'ai déjà vu ce que la compétence organisée est capable de produire ici, et ce que nous avons accompli une première fois n'était pas un accident. Former un jeune professionnel en Haïti, c'est investir dans l'avenir collectif. Maintenir des compétences spécialisées sur le territoire est une forme de résilience nationale.
Cette ambition n'aurait aucun sens sans une exigence éthique équivalente. Dans un domaine aussi intime, la confiance précède toujours la technique : une information claire, un consentement véritablement éclairé, une confidentialité sans faille, le respect des convictions de chacun, et l'honnêteté sur ce que la médecine peut — et ne peut pas — garantir. Aucun centre au monde ne promet un résultat. Nous pouvons en revanche promettre la rigueur du raisonnement, la clarté des explications et la loyauté de l'accompagnement, y compris lorsque le chemin est plus long que prévu. La technologie ne doit jamais faire disparaître l'humain : elle doit le servir.
C'est pourquoi je m'adresse ici à plusieurs interlocuteurs à la fois. Aux couples : vous êtes accueillis comme une histoire singulière, jamais comme un dossier. Aux professionnels de santé : cette maison est aussi la vôtre, comme lieu de formation, d'échange et de recherche. Aux institutions nationales et aux partenaires internationaux : nous croyons aux collaborations construites dans la durée. À la diaspora haïtienne : votre pays développe aujourd'hui des compétences qu'il fallait autrefois chercher ailleurs. Et aux jeunes médecins, infirmières, sages-femmes et chercheurs : il y a ici un domaine exigeant, utile et profondément humain, qui a besoin de vous.
Nous avons choisi de rendre possible, ici en Haïti, ce que trop de familles pensaient devoir chercher ailleurs. Notre responsabilité ne s'arrête pas à la technologie ; elle commence avec la confiance qui nous est accordée.